Le Saint

 

Les témoignages sont unanimes sur la sainteté du père Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, jésuite, compagnon des saints martyrs canadiens. Voici des textes qui attestent la « réputation de sainteté » de ce serviteur de Dieu.

 

Deux ans seulement après l’arrivée du père Chaumonot au pays des Hurons, le père Jean de Brébeuf, de retour avec lui d’une mission périlleuse de quatre mois et demi à la Nation Neutre, écrit d’abord à son sujet : « vir est omnino egregius, qui peut se traduire : c’est un homme tout à fait remarquable ou hors du commun » (Lettre au père Général, 20 août 1641). Plus de trente ans plus tard, le père Claude Dablon, supérieur des missions, le qualifie de « parfait missionnaire » (Lettre au Provincial de France, le 24 octobre 1674, Thwaites, vol. 59, p. 80)

 

Le titre de saint apparaît en 1686 sous la plume de Monseigneur de Saint-Vallier : « Le père Chaumonot qui conduit la mission de Lorette et que l’on regarde ici comme un saint, lui communique sa sainteté » (Lettre au père De La Chaise, 1686, Archives du Séminaire, lettre P, no 46)

 

Dans une lettre circulaire rédigée une semaine après la mort du père Chaumonot, le père Claude Dablon, supérieur à Québec, écrit, « Le 21e de février de cette année, nous avons perdu le plus ancien et le plus fameux de nos missionnaires » (Lettre circulaire, 28 février 1693, Carayon, 1869, p. 169). Les pères jésuites, qui s’étaient comme retenus pendant sa vie, expriment alors clairement leur sentiment. Le père Dablon poursuit : « On le nommait ici communément le saint homme. » Le père Joseph Germain, quant à lui, écrit : « un très saint homme » (Lettre au père Général, 4 novembre 1693) et le père Martin Bouvart ajoute : « qui fut très illustre par ses considérables travaux, ses grandes vertus et aussi ses miracles remarquables » (Lettre au père Général, 23 octobre 1693, Archives romaines de la Compagnie de Jésus)

 

Dans sa continuation de la vie du père Chaumonot, le père Martin Bouvart écrit à propos de ses funérailles : « Comme il était dans une haute réputation de sainteté, on lui a rendu la plupart des honneurs qu’on rend aux bienheureux après leur mort. On le visitait en foule, on lui baisait les mains, on prenait de ses cheveux, on lui arracha même de ses dents. À peine pouvions-nous fournir à contenter les personnes qui nous demandaient de ses reliques… On a donné en petits morceaux sa robe (manteau) et sa soutane presque toutes entières… Jamais en Canada on a vu autant de monde à aucun enterrement qu’au sien… Tout ce qu’il y avait de personnes considérables à Québec se trouvèrent à ses obsèques, aussi bien que le peuple. On y était même venu de deux et trois lieues et notre église, qui est grande pour ce pays, était pleine de monde de tout âge et de toute condition. » Le père Bouvart ajoute que lors de ses funérailles « il s’y fit même un miracle en la personne d’une jeune Iroquoise de la mission huronne de Lorette. »

 

En 1715, le père Joseph Germain rappelle « une prédiction que le saint père Chaumonot avait faite » (Lettre circulaire à la mort du père Michel de Couvert, 1 novembre 1715, Ménologe de l’Assistance de France, Archives de chantilly

 

En 1716, date de la rédaction des Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, l’annaliste écrit au sujet du père Chaumonot : « Son nom seul rappelle le souvenir de sa sainteté, et toutes les personnes qui l’ont connu ont admiré en lui ce qu’on a vu dans les plus grands saints : une humilité profonde, une douceur inaltérable, une charité sans borne, un zèle infatigable, une union continuelle avec Dieu, une tendresse pour la sainte Vierge qu’il inspirait à tous ceux qui l’approchaient; en un mot une confiance en Dieu et une foi vive qui lui ont fait opérer plusieurs miracles » (Les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, 1636-1716, Dom Albert Jamet, 1939, p. 300)

 

Après 1730, pour le corpus déjà formé en 1693 dès après la mort du père Chaumonot portant l’écriture du père Bouvart et comportant l’Autobiographie du père Chaumonot, la continuation de sa vie et l’Écrit à son Confesseur, un jésuite ajoute, après 1730, une page-titre portant ces mots « Vie du Vénérable père Chaumonot par lui-même » et en finale, des « réflexions sur la vie du révérend père Chaumonot », dont ces extraits : « Depuis sa mort, il s’est fait moins de prodiges qu’on avait lieu d’en attendre d’un si saint missionnaire. Je pense, et d’autres avec moi, que, s’il avait été enterré à Lorette [appelée aujourd’hui L’Ancienne-Lorette] ou que sa tombe parût ici dans l’église, que cela aurait occasionné plusieurs miracles. Dans nos caveaux, on ne distingue rien… Le père Chaumonot et le père Claude Pijart, deux personnes d’un si grand mérite et d’une si haute sainteté ne devaient-elles pas au moins être mises dans des cercueils de plomb afin de ne pas confondre leurs ossements avec ceux du commun… Toute la mission devrait se réunir pour demander que les pères Chaumonot et Pijart fussent unis dans le nécrologe au moins de la Province, et surtout le père Chaumonot. »

 

« Ce vœu, écrit le père Latourelle, a été pleinement exaucé dans le Ménologe de la France qui lui consacre quatre pages d’un émouvant éloge » avec ces premiers mots : « Le père Chaumonot est vénéré par les plus saints apôtres du Canada comme une merveille de sainteté » (Ménologe de la Compagnie de Jésus, Assistance de France, Édition 1892, par le père Guilhermy)

 

Malgré cette unanimité des témoignages, le père René Latourelle, son biographe, écrit : « Le père Pierre-Joseph-Marie Chaumonot est fort peu connu au Canada comme en France. » Il explique ainsi ce fait : « Ceux qu’on appelle les Martyrs canadiens absorbent toute l’attention. » Mais il ajoute : « Le temps est venu de ressusciter le souvenir de l’une des plus illustres figures de la Nouvelle-France », qui, « au plan de la sainteté, compte parmi les plus grands de la Compagnie. » Il termine sa biographie par ses mots : « Ce missionnaire a paru sans éclat aux yeux des hommes. Sa grandeur est d’un autre ordre : celui de la charité. Mais, dans cet ordre, il n’est pas moins grand que les plus grands de ses compagnons : Brébeuf, Jogues, François Xavier. L’auréole de la sainteté lui appartient déjà » (René Latourelle, Compagnon des martyrs canadiens, Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, Bellarmin, 1998,  p. 7-9, 252)