Le fidèle successeur du père Jean de Bréboeuf


La vie missionnaire du père Chaumonot, vouée principalement aux Hurons, peut se diviser en deux périodes : celle de la mission au pays des Hurons à l’époque des saints martyrs et celle de la poursuite de cette mission à Québec et ses environs. La première dure onze ans (1639-1650), la seconde quarante-trois (1650-1693), pour un total de 54 ans.

 

Un fait éminemment révélateur se produit au tournant de ces deux périodes : durant l’effroyable hiver de 1650 passé à l’île Saint-Joseph, au moment où leur avenir s’annonce des plus sombre, les Hurons donnent au père Chaumonot le nom huron « Échon » qu’ils avaient donné au père Jean de Brébeuf, le fondateur de la mission, mort avec les Hurons au bourg de Saint-Louis. Or, « c’est la coutume des Hurons, lorsqu’une personne considérable est morte d’en choisir une dans sa parenté pour la représenter, non seulement en prenant son nom, mais aussi en entrant dans ses droits, et c’est ce qu’ils appellent d’ordinaire ressusciter un mort ». En recevant le nom ‘ Échon’, le père Chaumonot est donc désigné par les Hurons eux-mêmes pour « succéder au père de Brébeuf » (Continuation de la vie du père Chaumonot, Carayon, 1869, p. 86-87). Cette désignation est accueillie avec beaucoup de respect par les jésuites, et d’abord par le père Chaumonot. Il affirme en effet avoir « eu l’honneur de porter le nom du père de Brébeuf après sa mort» et, jusqu’à la fin de sa vie, dans ses lettres à des confrères, il se désigne sous ce nom huron «Échon ». Ainsi au père Bruyas, en 1689 ou 1690, il écrit « le pauvre Héchon » (Original aux archives des Jésuites, Montréal, no 349)

 

Porter ce nom comporte un sens très lourd : pendant 43 ans, en l’appelant « Échon » - par exemples, Relation 1669, Thwaites, vol. 53, p. 100; 1671-1672,  vol. 55, p. 298; 1672-1673, vol. 57, p. 60, 64 - les Hurons lui signifient qu’il est le père de Brébeuf au milieu d’eux et que, comme lui, il doit mourir pour eux et avec eux. Ainsi, en transmettant le nom « Échon » au moment de leur plus grande détresse, les Hurons témoignent leur grande estime à l’endroit du père de Brébeuf et du père Chaumonot.

 

La coutume huronne est certainement aussi présente à l’esprit de ses supérieurs car, pendant 43 ans, ils ne nomment aucun autre jésuite à la direction de la mission huronne, même en l’absence du père Chaumonot, absence envisagée comme temporaire et qui ne dure que sept ans tout au plus lors de trois brèves mais importantes missions : aux Iroquois où il est le premier missionnaire à s’adresser aux chefs des cinq Nations (1655-1658); à Montréal où il fonde la Confrérie de la Sainte famille (1662-1663); au fort Richelieu où il est aumônier militaire (1665-1666). Le choix du père Chaumonot pour les deux premières missions est d’ailleurs décidé sur les instances du gouverneur De Lauzon et de Mgr de Laval. Aussitôt revenu de ces trois missions, on lui « redonne le soin de la mission huronne. » Il accompagne donc « ses chers Hurons » (Autobiographie) dans tous leurs déplacements dans les environs de Québec : Québec (1650-1651), l’île d’Orléans (1651-1656), Québec (1656-1666), Beauport (1666), Notre-Dame-de-Foy (1667-1673), Notre-Dame-de-Lorette (1673-1692). Il meurt avant leur dernier déplacement à leur village actuel appelé Wendake qui a lieu en 1697. Il a donc vraiment été pour eux « Échon », « le père de Brébeuf ressuscité », fidèle jusqu’à la fin.